6. Sortie d’un trou.

13 juin 2023. Les beaux jours sont bien là, Nolan a 16 mois. Il marche solidement, il dit « encore » en touchant son pouce avec l’index de son autre main, il est passé aux slips depuis peu, fini les couches. Il empile des plots même de travers, shoote dans un ballon de foot et il aime beaucoup les escargots, principalement pour les jeter fort et loin.

Préambule.

Je ne remets généralement pas en cause ce qu’il s’est passé, c’est un truc qui me fatigue perso. Le passé, c’est du passé.

Je suis persuadée au plus profond de moi qu’une intelligence bien plus grande que nous est derrière tout ça et qu’elle s’occupe de nous à la perfection. Mais même avec cette certitude, j’aime poser un regard sur le passé pour apprendre pour le présent et le futur. C’est donc une posture qui me permet de ne pas me dénigrer, tout en me remettant en question.

C’est depuis cet endroit que j’ai écrit cet article. En posant un regard tendre sur moi, et ferme et critique sur mes actes, pour grandir de tout ça et essayer de ne pas répéter répéter répéter répéter. Voyez ?

Mère au foyer.

J’ai écrit un seul article depuis le mois de janvier, ça dit un peu sur la période que je viens de traverser.

On m’a demandé une ou deux fois ces derniers mois si ma situation m’allait bien, si d’être avec Nolan toute la journée c’était quelque chose qui m’épanouissait, et j’ai surement répondu un franc « oui super, j’adore ça ! ».

Etait-ce vrai ou est-ce que je ne voyais pas ?

Être maman à la maison m’a convenu, ça c’est certain ! Mais quand je regarde tout ça a posteriori, voilà ce que je vois :

Je me vois m’allonger confortablement dans ce rôle de mère, qu’il était si important pour moi d’investir à fond la première année, en oubliant de me relever. Vous savez, comme ce qu’il peut se passer dans certaines chaises longues très confortable desquelles il est pas évident de sortir. Tant qu’on a pas vraiment, mais vraiment, envie de pisser, on y reste parce que ça demande trop d’énergie de se bouger les fesses pour s’extirper de là.

On est partis en voyage le mois passé et ç’a été l’occasion de prendre du recul. Comme je sens que ce n’est pas le temps pour moi de relancer une activité pro comme je le faisais avant (accompagner des groupes et créer des stages), j’ai déduit que mon rôle était donc d’être maman. C’était un peu un raccourci !

Pendant ce voyage, je me suis rendu compte qu’il était un peu étrange de « laisser mourir l’arbre (moi) simplement parce que ce n’était pas le temps des fruits (ceux qui sont reconnus dans notre société : le fric, of course) ».

J’ai malaxé quelques jours cette image pour finalement voir qu’il s’agissait d’une question d’engagement. Engagée pour moi, pour Nolan, pour quoi ?

La première année.

Vous l’avez sûrement senti, si vous avez lu le chapitre un, une grande partie de moi a peur de casser Nolan. J’ai déjà passé un bon bout de ma vie à essayer de me libérer de mes chaînes, je fais donc de mon mieux pour qu’il en ait le moins possible. J’ai mis beaucoup d’énergie à sentir comment prendre au mieux soin de lui, comment faire ce qu’il faut pour qu’il soit serein d’être en vie, qu’il se sente en sécurité et joyeux.

Il était donc ultra important pour moi d’être pleinement engagée pour lui lors de son arrivée sur Terre. En plus, je suis profondément persuadée que lui offrir des bases solides est un « investissement » pour tout le monde, pour le présent et le futur. Il faut aussi dire que c’était tellement viscéral pour moi, qu’il n’y a pas eu d’hésitation et que je n’ai pas de regrets !

En étant pleinement engagée pour lui, je me suis reculée de mon engagement envers moi (comme les « hormones de femme » laissent place aux hormones de l’allaitement !). C’était spontané, ça faisait beaucoup de sens, et j’ai été très joyeuse de prendre ce rôle : d’allaiter à la demande, de choisir le rythme et les activités en fonction de lui… En gros : d’être à son écoute en premier lieu.

Pendant les neuf premiers mois, nous étions deux à la maison, c’était donc « facile » de lui offrir la qualité de présence qu’on aime, tout en étant respectueuses de nous.

À la fin de cette période, j’ai publié le chapitre un et nous sommes rentrés petit à petit dans l’hiver. Je suis restée en mode cocon et c’était très bien. L’hiver, cette période calme où nos envies sont au repos, où les projets et les arbres dorment, probablement mieux que Nolan.

C’est le solstice de printemps que j’ai loupé dans mon intérieur. Dans deux jours, c’est l’été, et ça fait seulement une semaine que je me sens pousser des bourgeons. J’ai loupé le coche pour sortir de ma chaise longue.

Le sommeil.

Le quotidien avec Nolan est globalement très fluide, joyeux et « simple », sauf pour le sommeil. Et en fait, c’est gros !

Quand il dort, je peux me réveiller à moi.

J’ai été très perdue (comme je l’écris dans l’article IV) dans ce nuage de décisions par rapport au sommeil. Quoi faire pour que ce soit doux pour lui ? Et pour que je me repose enfin! Mais que ce soit doux pour lui ? Mais aussi quand même que je me repose…. Voyez le bordel?!

La situation à été pendant la première année qu’il dormait avec nous dans le lit, en se réveillant pour tétouillo-téter entre 5 et 8 fois par nuit. Il a fait pendant un temps quelques siestes dans un hamac, sinon il était en portage et plus récemment, parce que j’en pouvais plus de le porter, en poussette. Et ce n’est pas qu’on a pas essayé de le mettre dans son lit ! Par contre, on a toujours mis en avant ce qu’on croyait le mieux pour lui, en prenant soin de ne pas le bousculer.

J’ai donc, de peur de le brusquer, un peu enterré mon lien à moi et ma fatigue, en tout cas c’est mon regard a posteriori. J’ai été emportée, jour après jour, dans des considérations concrètes pour modifier ses habitudes de sommeil, en douceur. Et j’en ai perdu de vue le fait que c’était trop long pour mon système.

Nolan a 16 mois, et même si il reste tout petit, que ce soit face à un arbre ou à ses émotions, il est, en même temps, de plus en plus grand. Je le crois capable aujourd’hui de rencontrer toute sortes de situations, d’émotions, et ça fait un petit moment qu’il n’est plus autant dans la nécessité d’être cocooné. Et pourtant, j’ai agi précautionneusement, comme s’il était fragile.

Six jours plus tard…

Une semaine d’or

17 juin 2023. 7h03, je suis dans la ré-écriture depuis déjà une heure. Mon thé est délicieux, les oiseaux chantent. Je n’ai pas encore vu Nolan ce matin, pourtant, il est réveillé.

Nous voilà le sixième matin d’une semaine d’or.

Vous connaissez le « mois d’or » ? On a fait ça à la naissance de Nolan, c’est un mois pour la maman et le bébé, un mois où ils ne se décollent pas ou peu l’un de l’autre, où la maman ne met pas les pieds dans la cuisine. Un mois pour se reposer de la grossesse, et pour atterrir sur terre pour le petit homme. C’était super !

Là, la semaine en or que je viens de passer, c’est la mienne. Nous avons une toute petite maison, mais, pour accueillir des gens, on a une pièce dans un autre bâtiment.

Ça fait six jours que c’est ma chambre.

Le premier matin où je me réveillais ici, je commençais cet article, « Sortir d’un trou ».

La semaine passée j’étais au bout. Je pleurais au moins deux fois par jour, et le reste du temps j’étais à fleur de peau. J’avais besoin de repos, concret, d’espace, et j’avais aussi beaucoup besoin de créer, ça criait à l’intérieur. Réjane a perçu l’appel à l’aide et nous avons créé de la place. Je croyais que j’allais aller à l’atelier, avec mes outils, mon bois et les meubles dont j’ai les plans en tête. Et non, j’ai repris le clavier pour nourrir ce journal.

Ça fait donc six nuits que je dors ici. Six soirs où je me couche quand j’ai envie, six matins où je me lève quand je me réveille, et où les premiers actes que je pose dans ma journée sont dans mon ordre. Globalement ils ont tous suivis le même, j’enfile un training et un t-shirt, je fais pipi pendant que la bouilloire chauffe, l’ordinateur s’allume alors que le thé infuse, et mes doigts glissent sur le clavier.

Je lis à voix haute ce que j’écris, mon intérieur trépigne et mon cœur jubile.

Certains jours Réjane partait bosser en milieu de matinée, les trois derniers jours elle avait congé.

Et moi aussi.

Je sens la fin du chapitre arriver, ce moment d’extase, où je me sens au bon endroit, au bon moment, dans une posture que je sens juste et en même temps bourrée de points d’interrogations. Un moment charnière.

Il me faudra plus qu’une semaine d’or pour me reposer de ces deux années de présence jours et nuits à mon petit, qu’il soit dans mon ventre ou dans son lit, mais là, je me sens plus que bien.

Cette respiration me fait toucher du doigt une nouvelle posture, une posture engagée pour moi, qui fait un pas dans le sens de cesser d’avoir peur. C’est parce que je suis sortie du trou que cette posture existe, alors je termine cet article, et j’en commence un autre, pour conclure ce chapitre.

Un commentaire

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