7. Fin : Engagée pour moi.

Fin juin, début juillet 2023.

Je me sens prête à affirmer ma parentalité depuis un endroit solide que je perçois en moi. Un endroit où je me sens debout, droite avec moi et sensible à celle que je suis.

Je n’étais pas consciente d’être courbée et pourtant je me redresse.

Je croyais avoir déjà compris tout ça, et je le comprends pourtant à nouveau.

Je vais vous partager ce qui m’a portée à être là où je suis maintenant. Je vais écrire, de manière linéaire, un cheminement qui ne l’est pas du tout, des compréhensions qui se superposent et s’entremêlent :).

Portée par l’amour.

Ma révélation du moment, à la source de cette posture c’est de comprendre que je peux arrêter d’avoir peur de casser Nolan, tout en gardant la conscience fine que mes actes ont un impact réel sur lui.

Je perçois enfin un endroit duquel je peux agir sans avoir peur de le brusquer, tout en étant très attentive à faire des choses qui ne le brusquent pas, en fait parce que je le fais pour moi et pas pour lui. J’espère que vous allez comprendre si vous allez jusqu’au bout !

Je dis « portée par l’amour », parce que je touche une manière d’être alignée à quelque chose que j’appelle l’amour.

C’est tendre et ferme à la fois.

C’est léger et profond en même temps.

Ça ne s’inquiète pas, mais ça ne s’en fout pas non plus.

Et ce ne sont pas que des mots, entendez-le plutôt comme la description d’une énergie.

Cet état me fait tenir deux réalités, une dans chaque main. Sur papier et dans mon cerveau, elles s’opposent, et pourtant, c’est quand elles coexistent dans mon intériorité, en même temps, que je me sens la plus vivante.

Le paradoxe.

Je crois qu’on vit dans un monde dans lequel il coexiste ces deux réalités :

D’un coté, je ne peux pas me tromper, l’erreur n’existe pas, tout est parfaitement orchestré. Toutes les solutions sont les bonnes. Tous mes choix seront les bons. Donc inutile d’être pétrie de peur de mal faire, je ne peux pas échapper à être à ma place, je ne peux pas ne pas vivre ce que je dois vivre (c’est vrai pour moi, donc c’est vrai pour mon enfant).

D’un autre coté, j’ai la liberté totale de mes actions et elles ont un impact réel sur ma vie, elles créent. Donc ce que je fais importe ! Il y a des solutions meilleures que d’autres, parce qu’elles ne créent pas toutes la même réalité et qu’elles ne disent pas toute la même chose de moi.

Toutes les solutions sont les bonnes,

et il y en a des meilleures que d’autres.

Les choix qu’on fait, en même temps, n’importent pas, puisque tout est parfait de toute manière, et en même temps, ils créent, donc ils importent !

Donc je peux faire ce que je veux, je n’échapperai pas à celle que Je Suis.

J’adore me mélanger les pinceaux en jouant avec tout ça, c’est comme chercher à attraper un savon vivant.

En fait j’apprends que je peux m’ancrer dans la confiance que ça ne peut qu’être parfait pour chacun-e, tout en mettant de l’attention à prendre des décisions qui sont en adéquation avec celle que je veux être.

C’est la capacité d’accueillir la situation telle qu’elle est, parce que si elle est comme ça, c’est qu’il y a une bonne raison (je l’ai crée!) et en même temps, le liberté à chaque instant de poser des actes par rapport à cette situation pour la faire changer.

C’est le bonheur de savoir que je ne peux pas me tromper et l’attention à ce que mes actes parlent de moi.

Agir avec légèreté et sérieux.

Je parle souvent de « ma peur de casser Nolan », hé bien cette posture que je touche me donne une autre manière de vivre cette peur.

Je peux faire les choses en croyant vraiment que je le fais pour le futur, avec lourdeur ; Avec une forme de fatalité. Pour vous donner le ton, ajoutez une musique de suspens en fond dans votre tête et voyez James Bond qui dit comme s’il jouait sa vie : « si je ne fais pas ça maintenant, il va grandir de travers et ce sera irrattrapable ». Vous voyez de quoi je parle ?

Je me vois dans cette énergie grave parfois, quand j’ai l’impression d’être coincée, de ne pas avoir le choix : « pour qu’il se passe ça, il faut que je fasse ça, c’est certain ». Je me rends compte que je n’ai pas besoin de supprimer ma peur, je peux juste en faire autre chose.

Je peux faire mes choix en prenant ma peur comme une indication et pas comme une vérité.

J’ai peur de poser certains actes parce que je me berce dans l’illusion que je crois savoir où ils mènent, mais je ne peux pas sincèrement savoir qu’en faisant ça maintenant, je vais créer ça pour la suite. Je sais pas vous, mais moi je n’ai pas compris les règles du Jeu de la Vie à ce point.

Du coup je peux me détendre dans ma peur parce qu’elle devient une information.

Vous me suivez ?

Je peux être rieusement consciente que, de toute manière, je n’ai aucune idée de comment tout ça s’arc-boute : je parle de la marche du monde, de l’effet papillon, des conséquences réelles, multiples et subtiles de nos actions (le sourire à un inconnu dans la rue qui change sa vie).

Donc, je peux faire un choix maintenant, parce que c’est ce que j’ai envie de faire, sans que ce soit pour arriver quelque part. Sans croire naïvement que je peux faire aujourd’hui des choses qui vont aboutir précisément, comme une flèche qu’on s’entraine à viser dans une cible.

Je ne sais rien alors on s’en fout ?

La petite voix dans ma tête (faudrait que je lui trouve un nom !) rétorque allègrement :

Quid de toutes les fois où t’as eu des récits de parents qui témoignent d’expériences semblables, ça ne veut rien dire ?

Quid du fait que les enfants aiment les habitudes, les répétitions et qu’ensuite c’est pas si simple de modifier ça, le sein pour s’endormir par exemple (ce dont tu parles dans l’article II)?

Quid de tout ce que tu penses que nos actions ont comme répercussions réelles, genre « laisser pleurer un enfant les 3 premières nuits de sa vie, ça va bien faire en sorte qu’il « fasse ses nuits », ça a bien « marché » pendant plusieurs générations non ?

Quoi faire de tout ça ?

Le prendre en compte !

Le prendre en compte comme des informations et non comme une fatalité ! C’est cette nuance que je touche.

Je ne suis pas en train de dire que puisqu’on a aucune idée de ce que ça va créer, on peut faire n’importe quoi !

Je ne suis pas non plus en train de dire qu’il ne faut pas écouter les témoignages des autres parents, de x professionnels ou de nos aïeux, parce qu’ils ne disent aucune vérité !

Je suis en train de dire, que, quelles que soient les informations qui sont arrivées à mes oreilles, quelles que soient les peurs que je porte, le plus important à mes yeux est aujourd’hui de poser mes actes librement.

C’est-à-dire en ayant plusieurs possibilités devant moi. En ayant un jeu de cartes, et pas seulement une carte « qu’il faut que je pose sinon ce sera la merde », ça c’est pas ce que j’appelle un choix, ni un jeu d’ailleurs.

Bien plus souvent que je ne le pense, je n’ai même pas deux cartes dans mon jeu. Je suis perdue dans ce truc « grave » qui ne voit qu’une seule carte.

Avoir le choix.

C’est ce que j’ai compris un soir d’été il y a huit ans, sur des îles au milieu du golf du St Laurent, en sortant des douches communes d’un camping (trop de détails?) :

Si je ne peux pas dire oui, alors je ne dis pas vraiment non.

L’inverse est aussi vrai évidemment.

Si je n’ai pas deux choix, ce n’est pas un choix.

Si le « oui » n’est pas disponible dans mes cartes (vraiment disponible !), le « non » n’est pas un choix libre de ma part, c’est ma peur qui dirige. Je ne choisis pas réellement d’aller à cette fête, si, en moi, la possibilité de ne pas y aller n’est pas jouable.

Un moyen simple pour moi de rajouter des cartes à mon jeu est de me souvenir que je n’en sais rien de rien à rien ; que je ne peux pas me tromper et que tout restera absolument parfait pour tout le monde de toute manière.

Je peux donc faire les choses, sans lourdeur, juste « parce que ça dit qui je suis »1.

Et la gravité laisse place à la légèreté, même si je fais la même action.

M’engager pour que les choses changent.

J’ai été perdue dans mes méandres intérieurs en croyant que si je cherchais à faire changer une situation, c’est que je ne l’acceptais pas, donc que mes actes étaient basés sur du désamour de moi (je veux être ailleurs, donc je refuse celle que je suis).

La nuance n’était pas visible à mes yeux, donc je confondais deux choses :

Je peux chercher à changer une situation en m’opposant à elle, comme une défense. Je refuse l’émotion qu’elle me fait, je refuse de voir que je la crée, je mets la faute à l’extérieur et je veux que ça change, point ! Je refuse la rencontre avec moi-même que la situation me propose.

Ou bien, je peux chercher à changer une situation parce que mes actes sont un moyen (le seul ?) d’exprimer qui je suis. L’acte comme un moyen de me dire au monde. C’est donc une action libre d’exigence de résultat finalement, qui vise simplement à me rencontrer, toujours et encore. Le fait que ça change la réalité n’est plus le but, le but est de poser un acte libre.

« Accueillir ce qui est », est donc à la fois complètement nécessaire et totalement insuffisant ! J’ai pourtant cru ces dernières années que c’était la voie de la Sagesse…

Accueillir et accepter.

Oui et oui, mais derrière j’avais rajouté sans m’en rendre compte « Attendre ».

Je ne voulais pas remuer ciel et terre pour faire en sorte que Nolan dorme mieux, et que donc nous aussi, croyant que c’était un comportement puéril qui refusait ce qui est. En plus, comme j’avais peur que ça le brusque, j’avais double raisons !

Je vois aujourd’hui que m’affirmer, face à une situation de ma vie, ne vient pas forcément d’un endroit de moi qui le refuse en bloc.

Je peux accueillir le fait que ce soit ce qu’il se passe,

tout en refusant que ce soit ce qu’il se passe.

C’est cet espace nouveau que je suis en train de découvrir. Un espace de liberté.

Pour remettre dans le contexte de ces derniers mois, je vois que j’ai cherché à observer, comprendre et accueillir ce qui m’arrivait (Nolan dort comme il dort, bordel de merde !) sans vraiment m’affirmer dans ce que je voulais qu’il se passe, pour moi. Trouillarde, je cherchais à défaire le nœud en restant assise.

Déjouer le jeu ?

En rentrant de notre voyage plein de compréhensions, on a mis un grand lit à Nolan et depuis il fait ses siestes dans son lit. Mon esprit s’emballe : « C’est grâce au lit ? Ou à mes compréhensions ? Qu’est-ce qui crée ? »

Les deux je pense, mais on s’en fout !

J’en ai marre d’essayer de déjouer le jeu de toutes les manières, c’est épuisant. Je veux plonger dedans, accepter de boire la tasse et finir mes journées fatiguée d’avoir nagé dans mes vagues, plutôt que fatiguée de les avoir analysées depuis la plage.

Ce que j’essaie de dire, c’est que je me trouve trouillarde quand je me regarde faire, à essayer de tout comprendre, et de tirer les ficelles dans ma conscience seulement, pour ne pas me mouiller. Je me trouve trouillarde à prendre comme excuse la fragilité de mon loulou pour ne pas me mettre en action pour moi.

Je me fatigue à me voir, assise dans ce transat, à observer finement ma vie pour essayer de comprendre pourquoi je me crée cette situation plutôt qu’une autre, sans oser y aller et bouger les pions.

Je joue.

Dans un jeu, l’idée c’est de poser des cartes, c’est pas d’attendre que les pions avancent tout seuls (la vie est un jeu complexe, il y a des cartes ET des pions ! ;-)).

Donc plutôt que de rester béate devant une situation en me demandant de toutes les manières comment je l’ai crée, pourquoi, qu’est-ce que ça veut dire, essayer de l’accueillir et tout et tout… Je peux JOUER.

Je peux prendre ma peur comme une indication : « je pense que si je fais ça, ça va donner ça. OK, peut-être, et peut-être pas », me rappeler que j’en sais rien de rien à rien, et me souvenir que j’ai le désir immense de faire tout ce que je peux pour que Nolan grandisse sereinement. Tout ça dans ma poche, je me redresse et je peux poser des actes de plus en plus librement.

Humaine !

Je suis habitée par une puissante énergie qui veut vivre…. Et elle parle.

De 1, je peux me faire confiance sur la maman que j’ai envie d’être pour prendre soin de mon loulou. Avant d’être enceinte, regarder une photo d’un nouveau né dans les berceaux en plastique de la maternité me faisait pleurer… je pleurais de voir un être si précieux et si petit ailleurs que sur la peau chaude et rassurante d’un parent. J’ai pas lu d’études sur les bénéfices du peau à peau, mes tripes m’ont donné l’info. Ma sensibilité me donne des indications très claires sur ce que j’ai envie de faire ou pas. J’ai un garde-fou intérieur très puissant, qui m’indique régulièrement que tout un tas de comportements, pourtant très communs, ne font aucun sens pour moi dans l’accompagnement d’un enfant dans la vie. Alors je peux laisser la peur de le casser de coté, et prendre les informations comme des informations.

De 2, ça suffit d’être juste maman. Je suis une femme, avec des rêves, des envies de projets, et en l’occurrence, ce journal, je ne sais pas ce qu’il va devenir, mais je sens que c’est pas juste un blog. Je veux oser être cette femme, pleinement. Sans prendre mes enfants comme excuse pour ne pas m’épanouir personnellement (oui, enfants vient au pluriel alors que je vous jure que c’est pas dans mes plans conscients, je commence à peine à me reposer!).

La fin d’un chapitre.

Extrait du premier article de ce chapitre : « Attends mais donc si on se permet d’être léger de faire des trucs pourris, tout est permis ? T’es vraiment en train de dire qu’on peut faire n’importe quoi, ça n’a pas d’importance, on peut dire «je suis juste humaine » et ça passe ? »

J’ai envie de dire un truc à celle qui écrivait ça il y a 8 mois :

C’est beau d’être humain ! Détends-toi, tout va bien. T’es pas une mauvaise mère, et tu sais pourquoi ?

Pas parce que tu fais rien de pourri…

Pas parce que tu arrives à ne pas traumatiser ton gosse, arrête d’essayer, c’est pas possible !

Pas non plus parce que comme tu le reconnais, c’est un peu moins pire..

T’es pas une mauvaise mère parce que ça veut fucking rien dire !

Nos chemins à Nolan et moi sont liés, intimement, et c’est un cadeau inestimable. Mais je n’ai aucunement le pouvoir d’être une bonne mère pour lui. Et quand je dis aucunement, c’est parce que je veux dire aucunement.

Par contre, j’ai le pouvoir d’être la mère que j’ai envie d’être. Pour moi et parce que je fais ce que je veux dans le jeu.

Alors je le saisis ce pouvoir ou je me donne des excuses ?


1 – Franck Lopvet.

Un commentaire

  1. Merci Charlène pour ce texte qui me touche énormément. C’est merveilleux de donner l’occasion de suivre ton cheminement intérieur de femme, de mère, d’humaine.
    Mes enfants sont plus grands et te lire me remémore tellement de questionnements intérieurs, de révélations, de retours en arrière et de synthèses pratiquement inconscientes et intégrées spontanément. Je serais heureuse de te revoir bientôt et je t’envoie des bisous si tu en veux. Julie

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