25 avril 2023, Nolan vient d’avoir 15 mois.
Je suis perdue.
Il y a parfois tellement de possibilités entre suivre mon instinct et réfléchir que je ne sais plus comment prendre une décision.
J’aime beaucoup réfléchir, ces articles en sont une preuve assez tangible. Avant de prendre une décision, je peux passer des heures à penser à chaque éventualité, à imaginer comment ça peut se passer, comment Nolan va le vivre, comment on va le vivre, quelles ressources on va trouver ?… et puis attendre. Attendre que ce soit Le bon moment, le moment où chaque élément que j’ai réfléchi est à la bonne place. Le moment où je le sens bien.
Ou alors il y a l’instinct, je ne sais pas réellement ce qu’on entend derrière ce mot, mais instinctivement c’est ce mot qui me vient. Vous savez, ces flashs qui arrivent à un moment donné sous forme d’images ou de mots ; c’est clair, limpide même, simple.. et pourtant si dur à suivre sans réfléchir.
« Sevrage nocturne. »
Les voilà les deux mots qui me sont venus l’autre soir, comme une évidence. Et pourtant je la remets en question dans tous les sens possibles, tu parles d’une évidence !
Mon esprit s’agite en voyant ces deux mots apparaitre dans mon intérieur : d’où ça vient ? De moi vraiment, d’une forme d’intuition ? De la fatigue ? De mes conditionnements ? Des idées que j’ai que les autres se font de moi comme maman ?..
Voyez le bordel ! Je me fatigue toute seule.
Ça fait deux mois et demi qu’on processe1, étape par étape, pour que notre loulou s’endorme dans son lit, et y fasse, but ultime, toute la nuit. Son lit est maintenant séparé du nôtre et placé le plus loin possible (donc à 1m20), sous les toits. On le couche dans son lit chaque soir maintenant, sans l’aide du sein, et lorsqu’il se réveille et qu’on arrive plus à le rendormir dans son lit, on le prend avec nous pour finir la nuit.
Deux mois et demi d’étapes, douces, franchement c’est chouette. Des rires, des pleurs, on s’est pris quelques poutres dans le dos en se relevant, mais, globalement, on a vécu tout ça avec un fort sentiment de « faire les choses bien ». J’entends par là que ça nous donne l’impression de ne pas le brusquer, tout en avançant avec fermeté dans la direction qu’on choisit.
Juste là, on est un peu dans une période cafouillis. Les couchers se passent assez bien mais si on change un élément du rituel, tout fout le camp. Il se réveille bien trop fréquemment à mon goût, ne se rendort presque plus sans téter, et se réveille en pleurant dès qu’il n’y a pas quelqu’un à coté de lui. Ça ne m’inspire pas encore une grande sécurité, ni un profond repos. Et ça ne me repose pas, ça, ça va sans dire ; Mais le but de la présence d’un enfant dans ma vie n’est pas le repos, donc à la limite, passons.
« Passons », non mais la fille qui se prend pour un super-héros. J’en reviens pas d’écrire ça spontanément. Je me prends pour qui de croire que je peux ignorer ma fatigue? ! Quand j’en suis à pleurer devant ma tasse de thé encore trop chaude pour que j’ai pu en prendre une gorgée, en entendant qu’il se réveille « déjà ! », je peux peut-être admettre que j’en peux plus de cette situation, que je suis fatiguée et que j’en ai marre !
Bon, voilà qui est posé et un peu plus humain.
Je fais quoi ?
Me voilà tergiversant dans mon intériorité à envisager toutes les possibilités, en cherchant la meilleure, ça va sans dire !
A/ Commencer le sevrage nocturne demain. Puisque c’est là qu’on veut aller, peut-être que le fait de ne pas lui dire clairement fout la merde.
B/ Attendre encore un peu que les couchers soient stables, pour qu’il soit en disposition idéale.
C/ Attendre plus, qu’on soit à la maison au calme (sans visites) pendant quelques semaines d’affilée pour démarrer quelque chose de nouveau, et attendre peut-être que naturellement, son sommeil évolue.
D/ la réponse D.
Aucune solution n’est la bonne !
Y a t-il une bonne solution ?
Je déroule le fil de ma pensée, restez avec moi.
Et si la seule vraie nécessité, c’était que je sois claire et sereine de vouloir le sevrer la nuit, et que je sois prête à l’accompagner dans ce que ça va soulever chez lui ? En gros, encore une fois, et si la seule vraie nécessité, c’était que j’arrête d’être pétrie de peur de casser cet enfant et que je me décide ?!
Et si je suivais donc mon instinct, bordel !
Retour à la case départ.
Une graine est semée.
Hier soir, pleine de toutes ces réflexions, on en a discuté avec Réjane. Je suis encore une fois stupéfaite de voir comme une discussion peut apaiser. La situation n’a pas changé, mais elle me paraît plus légère, comme si j’avais partagé sont poids, au sens littéral.
En plus du fait que ce soit moins lourd, j’ai la très douce et forte sensation d’avoir semé une graine en terre. J’ai l’impression d’avoir posé un acte concret, c’est très étonnant.
Pendant cette discussion, j’ai amené sur la table l’idée de sevrage nocturne, vraiment. On a rien décidé pour l’instant, mais c’est posé, on l’envisage et c’est un processus, pas une fin.
Il me semble maintenant qu’avec un poil de patience (c’est pas gros un poil !), je serai bientôt au clair, et là, ce sera le bon moment, une pousse sortira de terre ! (La meuf qui tourne en rond total dans son écrit, en terminant exactement là où elle a commencé, sans avoir fait évoluer d’un chouïa sa manière de penser ! haha!).
Non, en vrai, ce que je conscientise, c’est que pour allier instinct et réflexions, je peux réfléchir mes instincts sérieusement. Les considérer avec importance. Quand un flash m’arrive, je peux le saisir et prendre le temps de rester avec lui et de l’envisager vraiment.
« Le Verbe s’est fait chair »
Je ne sais pas si c’est vraiment ça que ça veut dire, mais ça colle bien à ce que je veux dire.
Je m’explique.
J’ai senti clairement lors de cette discussion que la parole est un acte qui crée.
Ce que je veux dire c’est que je me vois, dans le passé, avoir eu une idée qui tombait un peu de nulle part, et en avoir parlé sans grande conviction, parce que tout de suite j’avais mille arguments qui la dégommaient. J’en ai eu pleins ces derniers mois, notamment autour du sommeil. Et je ne les ai même pas réellement considérées, j’y ai vaguement pensé et j’ai lâché, donnant plus d’importance à la réflexion qu’à l’instinct.
Ce soir, en parlant de cette idée avec conviction, en la considérant réellement, quelque chose s’est produit dans l’énergie. C’était palpable. C’est ce que je veux dire quand j’écris « une graine est semée ».
Et si je n’avais rien d’autre à faire, finalement, que d’oser amener dans le monde ce qui se manifeste dans mon monde intérieur ?… Et si c’était ça la voie de la Simplicité ? Je m’emballe peut-être un peu, au vu de la taille du « S », mais vous voyez ce que je veux dire? (si seulement je pouvais vous entendre répondre…).
Imaginons qu’il n’y ait pas de juste et pas de faux, et qu’il y ait simplement à regarder ce qu’il y a dedans, et, avec courage, l’amener au dehors, vraiment, sérieusement.
« On connaît l’arbre par le fruit ».
Je suis en mode citation de la Bible, ne me demandez pas pourquoi.
Quand la pousse sortira de terre et portera des fruits, je saurai ce que j’ai semé.
À suivre…
Je suis confiante, j’ai semé une graine, je vous jure !
– Soupir de soulagement –
1 – Pour ceux qui viennent de lire « Tu me lâches ou bien ?! », nous avions arrêté le processus dont je parle dans cet article quelque temps après l’écriture de ce témoignage, laissé reposer, et la question s’est reposée en début d’année.

« Et si je n’avais rien d’autre à faire, finalement, que d’oser amener dans le monde ce qui se manifeste dans mon monde intérieur ? » (coeur coeur coeur) Très inspirant. Je repars avec. Mouak.