27 novembre 2022, Nolan a 10 mois.
En ce moment je me sens prise dans un double mouvement. Ce qui est intéressant, c’est que je croyais ne pas vouloir ce qui m’arrivait, alors que c’était peut-être précisément ce que je voulais. Intriguant non ?
Contexte.
Depuis 10 jours, Réjane monte « coucher » Nolan (c’est un processus, et pour l’instant ce n’est pas encore vraiment la réalité qu’on vit). Il s’endort chaque soir depuis qu’il est né, collé à mon sein ou presque. S’il n’est pas en portage, il s’endort près de moi, et j’adore ça !
J’ai vécu des tellement beaux moments le soir, pleins de jeu, de rires, de tendresse… des moments si doux qu’ils me sortent du temps. Mon petit garçon qui rit, qui découvre, qui grandit… Moi je n’ai plus rien à faire sur ma liste, j’ai juste à être là et à goûter cette merveilleuse complicité entre nous.
J’ai passé aussi des heures bien pourries à essayer de l’endormir, à me faire grimper dessus et manipuler comme si j’étais un morceau de viande, à finir une ou deux fois en me reculant d’un mètre de lui en pleurant parce que « putain c’est mon corps, pas un doudou ! ».
Là, il a 10 mois et on le sent déjà tellement grand en comparaison avec le bébé de 2kg4 qui sortait de mon ventre. Maintenant, on sent qu’il est ajusté pour nous d’essayer autre chose et l’idée est qu’il apprenne à s’endormir seul, dans son lit en cododo.
Pour se détacher du sein, Réjane intervient et elle trouve l’énergie d’accompagner ses pleurs. Il y en a des larmes qui coulent sur ses petites joues pour changer cette habitude. On y va, pas à pas, lorsqu’il entre dans certains pleurs plus intenses ou que Réjane n’a plus l’espace de l’accompagner, je monte, et je l’endors, d’où les guillemets quand je disais plus haut que Réjane montait le « coucher ».
De jours en jours ses réactions évoluent donc on continue patiemment, on verra.
Deux moi.
Nous voilà un soir où Réjane rentre à 21h, on fait donc une entorse à notre processus.
Je le couche une première fois, au sein, il dort dix minutes et pour le rendormir ensuite, c’est plus long. Il me tète dans toutes les positions du monde, joue avec la lampe, rigole un peu, on allume, on éteint… Bon, ça suffit ! Je finis par le bercer dans mes bras alors qu’il tète, généralement, c’est fatal.
Dans ce bercement alors qu’il est au sein, une émotion m’arrive comme une évidence : je n’ai pas envie que ça s’arrête, j’aime tellement ça !
Les larmes aux yeux, je réalise que je veux qu’il reste là, dans le creux de mes bras. Je veux qu’il reste ce petit bébé qui me regarde de ses beaux grands yeux et qui me caresse le flanc avec sa si petite main lorsqu’il tète.
Je suis stupéfaite d’observer que ça a une telle place en moi, mais c’est fort. Il est lové dans mes bras, il s’endort paisiblement, qu’est-ce que c’est bon !
C’est fou parce que j’aimerais aussi tellement qu’il se détaaaache de moi et qu’il grandisse. J’en ai marre des suçons quand il vise à coté la nuit, des griffures sur mes seins (et les morsures n’ont pas commencé !), des réveils (trop !) fréquents, de pas être libre de quand je m’endors, ni vraiment de quand je me lève non plus.
Paradoxal ! Je croyais être décidée en commençant ce processus pour qu’il apprenne à s’endormir sans moi, et je ne suis pas si claire apparement !
Ça m’amuse d’observer ça.
Je l’aurais voulu ?
Je suis dans une période où je m’ouvre à voir la vérité de ce que je veux, la vérité sous ce que je dis, donc je me dois de m’avouer que je n’ai pas l’entier désir qu’il grandisse et se sépare de moi là maintenant.
Pourquoi ? Il pourrait y avoir tellement de réponses…Les questions « d’éducation » vont commencer et ça me fait un peu peur, mes aspirations sont tellement grandes.. sont-elles réalisables ?.. Finalement ce petit bébé au sein c’est si simple, je me sens à ma place, nécessaire voire indispensable, ai-je vécu quelque chose de semblable déjà ? Vais-je retrouver ça un jour ?
Pfiou, tant d’hypothèses… Ça me fatigue de creuser là dedans.
Je crois profondément qu’on crée notre vie à 100%. C’est cette certitude qui fait que j’appelle tout ça un jeu. Si je crée ça, c’est bien que je le désire non ?
Et si je voulais donc exactement tout ce qui m’arrive ? Si c’était le cas, Nolan obéirait à des lois bien plus inconscientes que ce que je peux imaginer : il ne se détache pas de moi, et finalement, peut-être est-ce simplement parce que ce n’est pas réellement ce que je désire. Bête comme chou ?!
Une occasion de m’aimer.
Avant je cherchais à modifier mes pensées, à me concentrer sur l’énergie que je dégageais pour me créer une vie plus chouette, en gros. Je voulais découvrir et guérir mes blessures en lien avec le passé, pour me libérer…et par là me créer une autre réalité quotidienne.
Cette émotion m’a montré que je pouvais aussi prendre les choses par un autre bout.
Je peux observer ma vie pour savoir ce que je pense réellement, elle me renseigne sur l’énergie que je dégage. Alors, je peux vivre les émotions qui me sont proposées et poser un regard d’amour sur tout ça.
C’est très reposant de ne plus partir du principe que je dois être guérie et libérée, et de faire « juste » le mouvement d’aimer ce que je vois que je suis, lorsque j’observe la vie que je crée.
Trop tarabiscoté ou vous me suivez encore ?
En gros, c’est reposant d’observer ma réalité avec curiosité et amour pour moi, en conscience que j’en suis l’auteure.
Bien bien, je suis enthousiaste, cool !
Et alors Nolan, tu me lâches ou bien ?!
