27 novembre 2022. Nolan a 10 mois, je reprends la plume.
Contexte.
Notre quotidien a beaucoup changé en quelques mois. Nolan va partout à quatre pattes, il se met debout sur la moindre branche d’arbre qui lui fait de l’œil, il attrape le sein de (trop!) loin pour prendre une goulée avant de retourner jouer et je commence à sentir ses trois petites dents me chatouiller le téton. Et surtout, pour ma plus grande joie, et ce n’est pas juste une façon de parler : qu’est-ce qu’on rit !
Réjane a une activité pro qu’elle aime beaucoup, on découvre un nouveau rythme et la joie d’être réunis autour d’une bonne soupe le soir, « en famille ». Cette sensation n’existait pas avant, puisqu’on n’était jamais pas en famille ! Je la découvre, elle est douce, très normale. C’est rigolo pour moi d’aimer autant quelque chose de si ordinaire, moi qui me crois si différente…
Ouvrir les yeux.
Au fil des premiers mois de la vie de Nolan et avec l’écriture du chapitre 1, je m’ouvrais à me découvrir violente. C’était tout un pas, vous pouvez voir les pincettes que je prenais tellement je ne voulais pas appartenir à cette partie là de l’humanité. Reconnaitre que j’avais quelques actions violentes, à la limite, mais être violente, fallait pas abuser.
Je ne voulais pas être de ces gens qui programment des missiles sur des maisons.. de ces gens qui violent, qui manipulent, qui sont prêt à tout pour du fric, qui mentent, qui gueulent…
Et je ne voulais surtout pas être de ces parents négligents, violents, irrespectueux, irresponsable, désengagés… etc.
Non non.
Et bien en ce moment, j’apprends à me regarder comme je suis, plutôt que par le prisme de celle que je crois qu’il serait bien que je sois. Et je me découvre non seulement violente, mais humaine !
Cette évidence était tellement grande que je ne la voyais pas. Je me sens à présent bien penaude.
Le chapitre 1 était axé sur la question de la violence, ce journal évoluant avec moi, je l’ouvre désormais avec la notion plus large de « découverte de mon humanité ». Je veux aussi pouvoir vous partager mes trouvailles intérieures sur ces espaces de moi qui sont dans mes angles morts, notamment grâce à mon héritage spirituel et à ce que j’en ai fait.
Je suis portée ces derniers temps à ouvrir les yeux sur les « bibles » qu’il y a à l’intérieur de moi1. J’appelle « bibles » des principes ancrés dans mon système qui m’intiment mes faits et gestes, silencieusement. Je crois encore pouvoir être du bon coté de l’humanité en me comportement comme ci plutôt que comme ça.
Je suis sidérée !
J’observe en moi que j’ai la ferme intention d’être une bonne personne et un bon parent, et d’éliminer l’ennemi, les « autres », petit à petit, avec bienveillance évidemment! (à entendre sur un ton sarcastique).
Comme dans un Marvel rempli de batailles au nom du « bien », j’observe que je mène les mêmes guerres que celles qui me dégoutent de l’humanité…
Voilà voilà.
Liberté !
J’ai vraiment l’impression de découvrir et d’éclairer des « « ombres » » cachées dans des recoins de moi, non pas pour qu’elles disparaissent, mais pour en prendre conscience et les réintégrer en moi. De plus en plus entière, je me libère.
J’apaise mon lien à moi et à l’humanité toute entière, et je chemine vers mon Graal : recouvrer ma liberté de choix. Choisir librement quel geste je fais ici et maintenant, avec mon enfant, et plus largement.
Tant que je crois qu’il y a des bons choix et des mauvais choix, je suis très influençable par quelque chose qui ne vient pas de moi, donc je ne peux pas vraiment dire que je suis libre, vous voyez ?!
Je veux pouvoir choisir : sans autorité supérieure ni intérieure, ni extérieure, qui différencie le bien du mal ; sans punitions à la clé (y compris celles que je m’inflige toute seule) ; sans être guidée par la peur de ce qui pourrait advenir ou la peur de ce que les autres peuvent penser de moi… : choisir librement, juste pour le plaisir du jeu.
Ça fait des années que je m’amuse (je vous jure!) à observer ce qui me dirige à l’intérieur de moi pour essayer de faire évoluer tout ça. Il m’apparait aujourd’hui un mouvement très simple.
Je n’ai qu’à observer honnêtement ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais.
Tout est devant mes yeux du matin au soir :
je n’ai qu’à ne pas le nier.
C’est une révélation pour moi, je déconne pas.
Ça paraît si simple, comment ai-je pu passer à coté pendant tant de temps ?
Plutôt que d’être jugeante et de me condamner, je me regarde penser, dire et faire avec curiosité à propos de moi : « Ok donc je suis aussi radine ?!… ok.. Bon. Je veux faire quoi avec ça ? ».
Ce processus, lentement, me rend un peu plus entière chaque jour, même si tout n’est pas rose.
Or, figurez-vous que plus j’ai de couleurs, plus je me sens vivante.
Légère.
Je me regarde et j’en ris (j’en pleure aussi) tellement je me trouve débile parfois. Je me prends la main dans le sac, dans des jeux de pouvoir ridicules, à essayer de faire payer incognito l’autre pour une pique qu’il vient de me lancer, ou à jouer un cinéma, subtil mais pas tant que ça, pour que Réjane se sente un peu coupable de partir s’amuser alors qu’elle me laisse avec le bébé !…
Clap ! (silence)
Clap ! (silence)
Clap ! (regard de merlan frit)
(Ceci était une tentative d’infiltration dans votre imaginaire pour vous faire voir des applaudissements ironiques)
Je disais donc.. Quel soulagement de regarder en totalité celle que je suis, avec tendresse et humour plutôt que de me camoufler ma propre merde (la qualifier ainsi ne doit d’ailleurs pas aider !).
Je me vois, prête à défendre bec et ongles que « Mais non j’te jure, y’avait pas de sous-entendu dans cette remarque ! », alors qu’avec un peu d’honnêteté, je peux admettre simplement que « C’était très con, c’est clair, mais y’avait bien un sous-entendu ! ».
Pourquoi j’insinuais un truc tout pourri dans une phrase anodine ? J’en sais rien. C’est là. Soyons franc et rions-en, non ?!
J’observe à présent la magie opérer : en acceptant d’être honnête avec moi et d’en rire, je peux, la fois suivante, avoir parfois le choix de faire autrement.
Quelle légèreté ça apporte à ma vie et à ma parentalité, c’est dingue !
Négligente.
Dans les trucs glorieux du moment par exemple, je découvre ma négligence. Je n’aurais jamais imaginé que de m’associer à des qualificatifs, nommés couramment « défauts », pourrait me rendre aussi légère. Je n’aurai même jamais imaginé pouvoir remettre en question le fait que ce soit des défauts…
D’ailleurs, c’est qui qui a décidé tout ça à la base ? Comment on en est arrivés là ? … Je m’égare.. je disais donc que je me découvrais négligente.
Un après-midi lambda, à la maison. Je me dis d’un coup « ça fait combien de temps que j’ai pas changé Nolan là ?… Attends, il était 10h genre, et il est… (le temps que je trouve un téléphone) 16h12 ! MEEEEEERDE !! Il a des couches lavables en plus, donc il a clairement la sensation d’être mouillé et sa couche pèse 2kg. Concrètement ça fait 6 heures que mon enfant est dans sa pisse ! Bravo ! ».
En plus, une seule fois n’a pas suffit à ce que j’apprenne! Dingue ! Pourtant j’étais pas fière..
Humaine.
C’est un exemple parmi d’autres…
J’ai découvert aussi récemment que j’étais capable de crier sur Nolan, par contre seulement quand je suis seule avec lui. Faudrait pas non plus que je sois comme ces parents qui crient à pleine gorge sur leurs gosses dans la rue, vous savez, « ceux qui traumatisent leurs enfants » (vous reconnaissez mon humour ou faut-il que je le précise?).
Toujours humaine.
C’est vraiment une grande partie de plaisir que de m’assimiler comme ça aux basses gens de la société ! Je vous l’dis comme je l’pense.
Chaud d’écrire ça comme ça ! Vous pouvez donc aussi avoir un aperçu de combien je suis condescendante. C’est pas vraiment une surprise pour ceux qui me connaissent, à 16 ans mes potes me qualifiaient d’« hautaine ». C’était dur à entendre, je comprenais pas. Pourtant je prenais tout le monde de haut, donc c’est assez logique si on y pense un tout petit peu ;).
Les autres disent peut-être plus souvent qu’on ne le pense des vérités sur nous ? Bref.
Je gueule, j’oublie, je méprise… je suis humaine !
Excusée ?
Je ne peux pas écrire longtemps sur cette légèreté sans que s’exclame en moi une voix qui dit un truc genre : « attends mais donc si on se permet d’être léger de faire des trucs pourris, tout est permis alors ? T’es vraiment en train de dire qu’on peut faire n’importe quoi, ça n’a pas d’importance, on peut dire «je suis juste humaine » et ça passe ? Et tu veux publier ça sur internet en plus ? Tu crois pas déjà que tout le monde fait n’imp et qu’il serait justement temps de faire autrement ? »
Ouho ouhoo !!!
Il me faudrait un livre pour aborder tout dans un seul papier (et j’y pense!), j’ai trouvé des réponses à plein de mes questions, et j’en trouve chaque jour (un poil exagéré), c’est pour ça que ce blog est là.
On est dans un grand jeu très bien foutu, et le carnet des règles est un peu long, accrochons nous !
En attendant…
Mon torse respire.
Mes épaules s’ouvrent.
Et je me détends de vivre.
C’est un bon indicateur de liberté non ?!
1 – Franck Lopvet avec ses vidéos « Le processus » m’ont accompagnés dans ces prises de consciences.
