25 juillet 2022. Nolan a 6 mois.
Je suis en train de lire Chasseur Cueilleur Parent de Michaeleen Doucleff. Je pourrais en critiquer beaucoup d’aspects que je n’adore pas, c’est notamment un poil américain à mon goût (outil 1, clé n°2, recette n°3…), mais cette dame rapporte la vie d’endroits reculés du monde occidental, d’une manière claire et inspirante. Je trie un peu, mais en définitive ça me fait voyager dans pleins de remises en questions de notre manière habituelle de faire avec les enfants, et ça, j’adore !
Ce dont je veux parler aujourd’hui c’est des félicitations. Tout un chapitre est dédié au fait que dans la culture Maya, il n’existe quasiment pas les félicitations, les louanges, les « bravo !, c’est super comme tu fais, tu es tellement habile, je te félicite ! »… etc. Et d’après le récit de cette femme, dans sa culture à elle aux Etats-Unis, elle n’en disait pas quelques-uns par jours, mais des centaines, c’était recommandé par les pédiatres pour « développer l’estime de soi et la confiance en soi des enfants ». Donc elle tombe des nues lorsqu’elle découvre que ce n’est pas forcément par les louanges qu’on fait grandir un enfant sainement (j’y vais en mode gros résumé, le livre compte 478 pages !).
En plein dans une journée où j’étais dans ce chapitre, j’emmène Nolan faire pipi au dessus de l’évier (je ne sais plus pourquoi, mais le pot1 n’était pas mon premier choix), il fait pipi au bout de genre 15 secondes, et dans ma tête je vois le « super mon loulou ! » arriver en flèche. Je le vois, je l’intercepte de justesse pour qu’il ne passe pas mes lèvres, et à la place sort : « t’as fini ? Alors let’s go ! ».
Et là, quelque chose de si doux m’envahit que j’ai envie de l’écrire.
Un sentiment d’équidignité2, de justesse. C’est adéquat, pleinement. L’habituel « c’est super mon loulou » fait vraiment plof en comparaison.
Je suis là, il est là, je l’accompagne. Je ne suis plus celle qui lui enseigne à faire pipi, j’ai capté ses signaux, il fait pipi, elle est belle et on en parle plus !
J’ai jamais été du genre « Ouah super bravo, t’as fait pipi, mais c’est incroyable, t’es tellement le plus fort! », mais j’ai été stupéfaite de voir que ne pas en faire tout un foin, et même considérer l’acte de manière très anodine, c’était finalement comme le considérer lui, de manière sacrée.
C’est encore pas complètement logique dans ma tête, et je n’en comprends pas tout à fait les tenants et aboutissants (j’aime bien dire ça!), mais je suis certaine de ma sensation intérieure nouvelle et de sa justesse. Je choisis de le publier dans ce journal parce que j’ai l’intuition que ça a un rapport caché (en tout cas caché pour moi pour l’instant), avec le titre du dit journal.
Je pense que les mots qu’on utilise ont un impact, et que l’intention sous-jacente impacte tout autant, voire plus. Et je crois percevoir que les félicitations et l’énergie qu’il y a dessous sont parfois une manière d’installer subtilement (et je pense, inconsciemment), un rapport de force, un rapport adulte/enfant pas très juste.
Je ne veux pas creuser plus hypothèses, je reste simplement avec cette sensation au-dessus de l’évier, quand j’ai changé de direction dans ma réponse, en ressentant fort cette équivalence entre nous deux.
Dans cet instant, je n’étais plus une grande personne qui s’occupe d’une petite, mais simplement un être qui prend soin d’un autre être, parce qu’il en a besoin et parce que je fais le choix de le faire.
J’étais droite, debout, et j’ai l’impression que ça lui permettait de l’être aussi.
C’était si puissant comme sensation que je ne peux finalement qu’en témoigner.
Mais le sujet va revenir…
… en moi, c’est sûr, et dans ce journal, on verra !
1 – Depuis qu’il a 4 jours, on propose le pot à Nolan. Il y fait la grande majorité de ses cacas et plusieurs pipis par jours. Entre chaque change et lorsqu’on interprète ses signaux qui nous communiquent qu’il en a besoin, on lui propose. Cette pratique se retrouve sous le nom Hygiène Naturelle Infantile (HNI). J’adore faire ça avec lui, ça ponctue notre quotidien avec Nolan, et ça me donne la sensation de le respecter dans son intégrité physique et de l’écouter encore un peu plus dans ce qu’il communique.
2 – De mémoire ce mot me vient de Véronique Gaspard (formatrice en CNV et très engagée à accompagner dans l’éducation nationale). Notamment dans la relation à l’enfant, elle l’avait inventé pour parler d’un besoin, le besoin d’être digne autant que l’autre, d’être considéré dans la même dignité que tout un chacun.
