21 mai 2022. Nolan a 4 mois aujourd’hui.
Nous sommes ces jours-ci tombées dans un autre piège, celui d’avoir un projet qui prend du temps et de l’énergie : faire un beau potager devant chez nous, en commandant nos graines et en faisant nos plantons. Emballées dès lors qu’on se plonge là dedans, comme tous les ans, on fait un plan de culture de plus en plus complexe, avec des semis de carottes et de radis (à arroser plusieurs fois par jour, tous les jours, pendant une semaine), des cultures associées, densifiées…
En plus avec le jardin y’a un enjeu de timing. Le jardin au mois de mai, c’est intense en plantation et donc les semaines qui précèdent, il faut faire des plantons et préparer le sol. Plus on plante tardivement, moins on récolte (en plus on aimerait tant que les premiers légumes qu’il goûte viennent de nos cultures). Bref ! Vous voyez le tableau !
Le piège.
On a fait le constat l’une et l’autre que pour suivre ces élans de jardins, on a fini par « se refiler l’bébé ». Celle qui n’est pas avec lui file au jardin, « ah, il a faim ! », je reviens et elle file au jardin sans parler bien sur des lessives, du pain à faire, des repas, du ménage, des rangements quotidiens.
Quand je dis on s’est refilés le bébé, c’est-à-dire qu’être avec lui c’était « ne pas être au jardin » ; sauf quand, par miracle (ou comme on aime dire avec humour, « sur un malentendu »), il a fait 45 minutes de sieste dans son hamac et qu’on était actives toutes les deux pendant ce temps. Non plus dans l’émerveillement du fait qu’il grandit et qu’il apprend, on était simplement contente que ça marche et qu’il dorme seul, parce qu’on pouvait courir partout et cocher, cocher, cocher.
Je me régale de voir poindre ce genre de glissements intérieurs qui peuvent, si je ne les vois pas, faire des dégâts et créer des violences pour nous et pour lui.
« Retrouver ma vie d’avant ».
Bien évidemment, nous avions une vie avant lui très différente. Une vie remplie d’élans parce que nous sommes toutes deux passionnées par un tas de trucs et d’activités (bricoler, jardiner, transformer, cueillettes sauvage, lire, apprendre …). Je vois en moi le piège d’avoir cette attente, celle de « retrouver ma vie d’avant », pas dans le sens : « hâte qu’il ne soit plus là, qu’il ait 18 ans et quitte la maison », bien sûr ! Mais j’avais des passions, et je les ai toujours, mon esprit divaguant quand j’allaite à comment je vais fabriquer une table pour la terrasse, avec le bois que j’ai récupéré à la déchèterie.
C’est une formulation que j’ai entendue plusieurs fois autour de moi, c’est pour ça que je l’utilise ; « j’ai arrêté l’allaitement, j’avais hâte de retrouver mon corps, ma vie et de faire mes choses ».. « Je le fais dormir en poussette pour retrouver ma vie d’avant »…
Ça crée une vigilance en moi d’entendre ça et cette histoire de jardin m’en a fait prendre conscience : et si je pouvais me perdre à vouloir « retrouver ma vie d’avant, faire comme avant » et faire des choix qui ne sont plus au service de Nolan ?
« Si je regrette un choix, c’est qu’il n’y a pas eu choix1 ».
Je remarque qu’emportée dans ma liste de jardin, j’en ai oublié d’être pleinement connectée à tous les aspects de moi.
– Pour comprendre la suite : sachez que je nous crois multiples à l’intérieur. Comme si on était plusieurs personnes en même temps, avec des ressentis multiples (je peux me sentir préoccupée et profondément sereine au même instant), et habités par des besoins différents. Tous les aspects de moi n’ont pas toujours voix à la table des décisions. Ainsi quand Isabelle Padovani dit si je regrette un choix, c’est qu’il n’y a pas eu de choix, elle veut dire qu’un être en nous à pris une décision, sans le consentement général, en gros. —
Donc, en moi, portée et emportée par mes élans de jardin, j’oublie momentanément d’être connectée à mes aspirations de maman. Celle en moi qui voit tant de sens à offrir une présence de qualité à Nolan, à être hyper à l’écoute de ses besoins et de son rythme, et à prendre soin de lui en premier lieu.
Le point de bascule (la switch en québécois).
On s’est rendues compte que notre comportement était plus trop adapté parce qu’on a sentie toutes les deux une forme de stress, un truc pas cool en voyant la présence qu’on offrait à Nolan, entre deux choses à faire. On s’est posées pour en parler, et depuis j’ai identifié ce point de bascule : ce moment où je prends le temps de voir et mes élans de jardins et mes aspirations de maman.
Reliée donc à mes aspirations dans ma parentalité (qui sont tellement grandes qu’elles surpassent de beaucoup mes projets de table en récup, croyez moi !), je peux, sans compromis, sans regrets, sans peine, dévouer mon énergie à cet être qui est là, si petit encore.
C’est cet aspect qui est le plus frappant à chaque fois que je le recontacte. Ça n’est en rien un compromis de m’occuper seulement de lui, lorsque je suis reliée profondément à mes aspirations.
Créer une grande to-do list, avec pleins d’attentes sur mes projets « autre » (comme je faisais toutes les années précédentes), m’a fait perdre du vue ces élans profonds (qui n’étaient pas là avant, puisque Nolan n’était pas dans ma vie).
« J’ai pas fait grand-chose aujourd’hui ! Il était vachement demandant ».
Plutôt que de finir mes journées en pensant que j’ai rien pu faire de ma journée, je vois que j’ai le pouvoir à l’intérieur de moi, en connectant mes câbles différemment, la même journée, de finir plutôt en disant « quelle joie c’était pour moi d’avoir l’opportunité de suivre son rythme et de goûter en sa capacité à devenir autonome.. petit à petit. »
Remplie alors de patience et d’amour, je suis sereine avec ce qui est maintenant, même si c’est très différent de ce que j’ai pu connaître dans le passé. Je deviens sereine, notamment avec mon plan du culture qui devient de plus en plus simple.
3 mois plus tard…
Dans les cultures à arroser 4 fois par jour, on a mangé joyeusement 13 bons gros radis et 4 carottes de la taille d’un petit orteil de Nolan.
Je partage cette réalité avec plaisir pour souligner qu’à partir du moment où je suis connectée à l’importance de prendre hyper soin de lui ces premiers temps de vie, je me contente, très simplement, d’avoir cette année seulement 13 radis, 4 carottes, des tomates et quelques courges.
Je reviens dessus parce que c’est un mouvement que j’ai à opérer régulièrement en moi. Celui de re-choisir, d’écouter tous les êtres en moi qui parlent, pour prendre des décisions au consentement, qui respectent tous les aspects de moi.
Quasiment à chaque fois, sans compromis, Nolan revient au premier plan et j’organise le reste de mes envies autour de lui.
Il est encore si petit…
Chaque chose en son temps.
*A lire avec le ton de Thomas d’Ansembourg. https://www.thomasdansembourg.com/
1 – Isabelle/Issâ Padovani : https://www.youtube.com/watch?v=ZCfu-Nf2HBw
