21 mai 2022. Nolan a 4 mois aujourd’hui.
Bonheur de me lever avant mes deux amours, de boire un thé sur la terrasse en écrivant avec le chant des oiseaux, avant que les travailleurs ne soient sur le chantier d’en face. Dieu merci aujourd’hui, c’est samedi !
« C’est un bébé facile non ? », première fois qu’on m’a posé cette question l’autre jour. Une voisine que je croisais pour la première fois depuis l’accouchement, et qui, à cette saison, entend ce qui se passe chez nous, vu la proximité de notre terrasse avec son potager.
Réjane a aimé ma réponse, et ça m’a permis de mettre mon attention dessus, et de voir depuis tous ces gens qui posent cette question (le gras dit qu’il y en a beaucoup, au cas où c’était pas clair!).
- Il est facile hein ce bébé ?
- Ça dépend, je ne sais pas ce que vous entendez par facile
- Ben il n’a pas l’air de pleurer beaucoup
- Je sais pas ce que c’est pleurer beaucoup ou pas, mais en tout cas on a beaucoup de plaisir à vivre avec lui.
J’avais envie de répondre tout sauf « oui, il est facile » à ma voisine, pourtant c’était tentant ! En un sens, dans mon vécu, c’est vrai ! Il m’est facile de vivre avec lui, de m’émerveiller, de chercher comment soulager ses douleurs, de prendre soin avec tendresse et délicatesse...
Mais à 4 mois, lui coller cette étiquette sur le front, non !
Les étiquettes me coupent de l’instant présent.
Je me souviens d’une maman qui me parlait de sa maternité et m’avait dit que le livre « le pouvoir de l’instant présent » d’Eckart Tolle, avait changé sa vie. J’ai, à l’époque, gravé cette information dans ma mémoire, et depuis je l’ai trouvé à Emmaüs pour l’ajouter à ma bibliothèque, just in case. Je ne l’ai jamais ouvert, mais je sais que rien qu’en me témoignant de ça, elle m’a offert un cadeau. Celui d’ancrer qu’il y a dans « l’instant présent », une clé pour vivre sa parentalité.
J’essaie depuis de poser mon attention sur tout ce qui se fixe en moi et, se fixant, me coupe de l’instant présent… d’où le sujet des étiquettes !
On s’amuse avec Réjane à essayer de se rectifier dès qu’on lui dit « qu’est-ce que t’es beau ! » (ça arrive très souvent!!), on s’amuse à se connecter à nous à la place, à prendre une respiration, et à dire « je fonds ». C’est très difficile de faire ça à chaque fois (parce que qu’est-ce qu’il est beau! ;-)), mais c’est un mouvement intérieur que j’aime pratiquer, et qui me permet d’habiter mes mots, et donc de rentrer dans la présence. De rentrer en moi.
Il me vient d’écrire là dessus ce matin parce que j’ai été surprise de voir ces étiquettes arriver si tôt dans sa vie et dans la vie des bébés en général… « facile », « difficile », « calme », « souriant » « beau », « fort »…
Les étiquettes me coupent de mes ressources.
« Positives » ou « négatives », j’observe qu’elles font la même chose : elles me déconnectent de mon ressenti actuel, que je sois joyeuse ou profondément démunie.
Si je suis joyeuse, mais que je suis un peu ailleurs quand même, je vois que je me prive de l’opportunité de vivre pleinement le moment, et de me remplir de gratitude pour cet être qui « va si bien ». Je me prive de savourer les instants de jeu, les sourires, son regard, ses gazouillis naissants… Me remplissant de gratitude, je me remplis d’amour, de patience, je fais le plein de ressources !
Lorsque je suis démunie, je me prive de mon intuition, celle qui vient de l’accueil de mon émotion « désagréable ». Je me prive aussi de la tranquillité qui peut apparaître en moi, dès lors que j’ai fait le check besoins fondamentaux (il est propre, nourri, il a pas chaud/froid, il a pas besoin de dormir, ni de jouer).
Cette tranquillité, c’est celle que je vois en moi quand j’interprète, après mon check, qu’il a donc mal quelque part, ou que je ne sais pas ce qui ne va pas pour lui. Tout ce qu’il me reste à lui offrir, étant démunie d’idées, c’est ma Présence, c’est ce « Je suis là, avec toi », que je lui chuchote si souvent à l’oreille.
Sereine, parce que, réellement présente à l’instant et à lui, je sens que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, et donc que je peux l’entendre pleurer sans devoir « le résoudre », le faire taire.
Lorsque je suis tranquille avec lui, que je n’ai pas d’intention sur lui – qu’il aille mieux, qu’il soit plus calme ou qu’il dorme – alors je touche à ce qu’on appelle je crois l’amour inconditionnel, ce « Qui que tu sois, je t’accueille, sois bienvenu comme tu es ».
Il n’est ni facile, ni difficile. Il est.
Il ne pleure ni beaucoup, ni pas beaucoup. Il pleure lorsqu’il a besoin d’exprimer quelque chose.
« Hourra ! Il a un rythme ».
Le sujet des étiquettes me fait aussi penser à autre chose qu’on réalise en ce moment avec Réjane. On voit qu’il est vain de figer des compréhensions concernant son rythme ou son comportement.
Dès qu’on raconte à quelqu’un « Ça y est, il a un rythme : il fait maintenant caca en se levant, une sieste de 2h le matin, deux siestes de 2h l’après-midi », le lendemain tout est foutu en l’air, et il dort seulement une fois 3h, et fait caca en fin de journée.
Quand on s’exclame « c’est chouette, il est mieux aujourd’hui dans son ventre », l’autre nous rappelle qu’il s’est levé dérangé par quelque chose, assez pour qu’on lui donne des granules homéopathiques. Eeeeeeet ça saute !
On arrive maintenant à rire de nous, et on apprend à ne plus figer, parce que ça finit toujours par tomber.
En plus je vois comme c’est dangereux, parce qu’une idée fixe me coupe de mon ressenti (oui je me répète, mais c’est parce que, vraisemblablement, je le comprends et le re-comprends dans tous les sens!).
Le danger de fixer.
Si « c’est bon, son ventre ça va mieux aujourd’hui», le danger c’est de refuser le prochain pleur puisque je ne le comprends pas. Je venais d’affirmer quelque chose et ce serait plus reposant que ça reste vrai, juste un petit moment. Dans ces moments-là, s’exclame en moi des « Mais pourquoi ? Mais pourquoi ? »… Je ne suis plus connectée à lui, je suis déstabilisée et fatiguée que ça change.
Le serais-je, si je n’avais rien fixé ?
Que je fixe qu’il ne pleure pas beaucoup, qu’il est facile, qu’il a un rythme… ça n’a pas d’importance. Mon comportement se cale par rapport à ce que je fixe, et s’il me fait mentir, je suis déstabilisée, je voudrais que ce soit autrement, je voudrais qu’il soit autrement.
Je ne l’aime plus pour ce qu’il est.
C’est peut-être un peu rude dit comme ça, mais je crois que c’est le jeu de notre humanité. Notamment d’ailleurs celui de la parentalité : découvrir et redécouvrir les clés qui ouvrent la porte de l’amour, le vrai. L’Amour qui ne pose aucune condition à l’accueil de l’autre.
…
Alors jouons !
