8 juin 2022. Nolan a 4 mois et demi.
Hier, j’ai eu envie de le secouer.
Je remarque quelques semaines plus tard que si je ne l’avais pas écrit, je l’aurais fort probablement oublié !
Contexte.
C’était une journée où il avait beaucoup de choses à dire, disons le ainsi. Il a du passer en « autonomie », couché sur son tapis, pas plus de 15 minutes sur toute la journée, ce qui n’est pas beaucoup par rapport à ce qu’on a pu observer ces derniers temps, quand « il semblait aller tout bien ». Il a donc été beaucoup porté, baladé dans le jardin par sa tata en visite pour la semaine. Il a mordillé toute la journée un doigts à lui ou à l’une d’entre nous. On a interprété que ça travaillait dans sa bouche ou ailleurs dans son corps.
Moi, en ce moment, j’ai mal au dos, genre pas cool, vraisemblablement dû au fait que j’allaite couchée (environ toutes les heures la nuit d’avant) dans des positions pas idéales pour mes hanches et pour le reste de mon corps (et je ne sais pas trop quoi faire!).
Ça c’est le contexte.
Il est 17h, ma sœur me confie Nolan, je le pose sous son portique et sa réaction était des plus limpide : ça n’était pas du tout ce qu’il lui fallait !
Et là…
Juste dans cet instant, j’ai posé mes mains sur ses hanches, et si rien en moi ne m’avait arrêté, je l’aurait secoué de droite à gauche, les dents serrées. Au lieu de le secouer dans l’intensité qui était présente en moi, tout s’est retenu pour ne faire qu’un petit mouvement crispé, qui de l’extérieur aurait donné l’impression d’être une taquinerie.
Seulement, à l’intérieur de moi, ce n’était pas du jeu.
C’était de la frustration, en tout cas c’était du refus de vivre la « réelle » émotion dessous (cf. à bout).
Qu’est-ce que ça m’aurait arrangé qu’il soit bien, que je puisse me poser à coté de lui, être même probablement dans mes pensées, et que je n’aie rien à faire !
Qu’est-ce qu’il s’est passé en moi ?
J’étais crevée et en manque d’espace intérieur d’une part, et plutôt que de le laisser exprimer ne serait-ce que « la fin de sa phrase », un geste m’a emporté jusqu’à son corps, pour le faire taire. Bien sûr, je ne crois pas que si je l’avais secoué à ce moment-là, il se serait tu. Vous l’avez compris, c’était pas un plan d’action réfléchi.
C’était une ré-action. Un moment où je ne suis plus là. Ni avec lui, ni avec moi.
Un moment où je passe en pilote automatique, je rejette la faute sur lui en essayant de me soulager de mon émotion par un acte. Plutôt que de pleurer ma fatigue, je me dis qu’il est la cause de ce que je vis, et ça sort contre lui.
J’essaie d’arrêter ce que je considère comme la cause de ma souffrance. C’est ma lecture à posteriori en tout cas.
Et pourquoi je ne vis pas cette émotion sous-jacente à ce moment là ? (toujours la même question…) Quelque part dans mon système intérieur, c’est dangereux. Me laisser être vulnérable.. Un sujet que je rencontre souvent !
Quand je regarde un peu cet événement, d’un coté je suis rassurée. Rassurée de voir qu’il y a un censeur à l’intérieur de moi qui arrête (en vrai il ne l’a pas arrêté, il l’a ralenti énoooormément) le geste qui porte atteinte à l’intégrité physique de mon bébé. Et en même temps, je me dis que là on était trois, j’étais pas seule avec lui, je venais de bricoler (donc censément de me recharger aussi?), le contexte n’était pas le plus pire que celui que je peux imaginer. Donc d’un autre coté, quelque chose en moi est aussi préoccupé par ce qui se passerait si…
L’écrire.
Je suis contente de prendre le temps de l’écrire, parce que je crois que ça contribue à ma conscience : ça éclaire, ça ouvre des nouveaux chemins intérieurs et ça me questionne. Est-ce que je veux faire quelque chose – et quoi – par rapport à ça ? Je pourrais peut-être essayer encore une séance pour aller voir tout ça ? (pourquoi pas en Intelligence Relationnelle1, ma sœur sort de sa deuxième semaine de formation donc on est dans le sujet à fond !) …
En tout cas, il y a eu un geste physique sur lui. J’avais envie de rajouter « qui n’était pas violent pour lui » (c’est dur de voir que j’ai pu être violente!), mais en vrai, je n’en sais rien (c’est ce qu’il m’arrangerait bien de croire) ; Dieu seul sait la sensibilité qu’il a, dans mon énergie ça devait être bien perceptible !
Réparer ?
Je vois par rapport à ça que ce que j’aurais pu faire (et que je peux toujours d’ailleurs), c’est de revenir dessus et de prendre toute la responsabilité de mon acte.
De clarifier en transparence qu’il n’y était pour rien, et que ce n’était pas adéquat de poser mes mains sur lui, depuis cette énergie, dans cette « intention ». Qu’il n’est pas responsable de comment je me sens, que c’est moi qui ai perdu mes moyens à ce moment-là.
Pfiouuu ! C’est engageant de faire ça, et en même temps ça fait beaucoup de sens !
Que la vie est bien faite !
45 minutes plus tard…
Il avait envie de téter donc j’ai arrêté brutalement l’écriture de ce texte, et j’ai eu un moment pour lui parler, à chaud ! Pour clarifier ma responsabilité, portée par l’énergie qui m’a fait écrire les trois paragraphes juste au-dessus. Là il dort dans son hamac, donc je reprends le clavier (bien moins sexy que de reprendre la plume, mais bon!).
Je me sens fatiguée dans mon corps, dans ma poitrine, comme si j’avais pleuré. C’était fort de lui parler, et ça m’a mise en résonance avec tous les moments où j’ai été décalée de moi – hors de moi – dans ses quatre premiers mois de vie.
Il me regardait droit dans les yeux, ça m’a donné l’impression qu’il m’écoutait attentivement, c’était touchant.
Réparer.
Je me suis connectée à ma sincérité la plus profonde pour lui dire à quel point j’étais désolée… (le sentiment de désolation, pas l’expression de politesse inhabitée)…
… à quel point le fait de poser mes mains sur lui, dans cette énergie, c’était absolument pas ok, que je n’avais pas à faire ça, et que mes émotions étaient ma responsabilité, qu’il n’y était pour rien là dedans.
Quelque chose en moi bloque l’émotion mais je crois que si j’étais libre, je pleurerais.. simplement pour laisser couler, laisser être cette désolation à l’intérieur, quand j’observe que je n’ai pas eu les moyens de faire autrement et que ça a emmené mes mains sur lui.
Il m’est aussi venu de dire, cette fois à moi directement, « j’ai le droit à l’erreur ».
Ça m’a touchée de me chuchoter ça en regardant mon jardin. Ma sœur à entendu une phrase qu’ils disent en formation IR qui ressemble à « pas besoin d’être parfait, juste suffisamment bon ».
Ça me touche et ça me met en lien avec le fait que rien n’est irréparable, irréversible, inguérissable.
Ça me met aussi en lien avec tous les parents du monde qui ont vécu d’énormes violences eux-même, et les perpétuent sur leurs enfants, malgré l’amour qu’ils leurs portent.
On peut tout guérir, tout réparer, j’en suis sûre !
Ça me donne sacrément envie d’aller voir ce qui m’empêche de vivre simplement l’émotion qui m’habite (oui, vivre simplement l’émotion qui m’habite est un peu le rêve ! En tout cas c’est le mien). J’ai essayé par pleins de biais déjà dans ma vie, et peut-être que je suis prête aujourd’hui à aller voir une couche en dessous de ce que j’ai regardé déjà ?
Pour celui là, un petit suspens est de mise…
– – à suivre… – –
1 – Intelligence Relationnelle (IR), https://selftherapie.com/
