13 juin 2023, Nolan a 16 mois.
Premier constat : j’ai un langage intérieur assez vulgaire ! Mais c’est pas le sujet.
Je crois que j’ai jamais rien lu qui parlait des régressions, mais j’en ai entendu parler assez de fois pour y être attentive.
Je me vois, il y a trois ou quatre ans, expliquer à un copain que justement c’est lors de ces fameuses régressions dont j’avais pu être témoin chez son loulou, qu’il était important de conforter son petit, pour qu’il puisse ancrer que quelque soit comment il est et ce qu’il fait, il est aimé, qu’on est là pour lui….etc. Et il était énervé de voir son fils reculer dans ses comportements, lui qui allait vers cette autonomie tant attendue.
Je jugeais ça allègrement à l’époque en me disant qu’il suffisait d’être patient, je me disais que c’était pas si compliqué et puis que c’était tellement important pour que l’enfant se construise sur des bases solides, qu’il fallait juste être là et c’est tout.
Hé bien, j’ai eu l’occasion cette semaine de me relier de coeur à coeur avec ce copain en question!
Deuxième constat : c’est vraiment simple de dire comment faire à des parents, quand on vit pas le truc.
La grande avancée.
Pendant notre dernier voyage on a expérimenté le fait que Nolan dorme dans un lit une place classique, et qu’il y dorme mieux que partout ailleurs ! Donc nous lui avons mis un « grand lit » à la maison, et deux nuits plus tard il ne se réveillait pas une fois entre le coucher et l’aube !!!!
C’était la première fois.
La première fois en 16 mois que je dormais aussi bien !
Le lendemain, j’ai l’idée de lui proposer son lit pour sa sieste, et il s’est endormi pour une grosse heure, en moins de cinq minutes, tranquillement. J’étais béate !
Jusqu’alors, il faisait ses siestes en portage ou en poussette, mais son lit, j’avais eu beau essayer de plein de manières, c’était galère ! On s’était dit « une chose après l’autre, on va pas tout changer en même temps, déjà les nuits, les siestes suivront… ».
Patience…
Patience……….. !
Je recommence le lendemain, pour les deux siestes. Plus que béate, je m’extasie de vivre la détente que c’est de le savoir endormi paisiblement dans son lit, au calme et où il peut bouger à son aise. Oui, plein de parents vivent ça dès les deux mois de leur enfant, moi il en a 16 et je ne connaissais pas ça !
De mon coté, je ne fais pas un bruit dans la maison pour être sûre de ne pas le réveiller, puisque ce n’est toujours qu’une seule et grande pièce.
Assise silencieusement sur le canapé, je prends une baffe.
Je respire et je réalise combien j’étais fatiguée de gérer ses siestes en poussette, d’être aux aguets dès qu’il se réveillait, parce qu’il avait froid, chaud, parce qu’un tracteur passait dans la rue ou qu’un oiseau chantait trop fort ! Je suis fatiguée de devoir dans ces cas-là le bercer, chanter ou repartir en balade pour qu’il se repose bien (parce que maintenant, nous avons bien éprouvé ce dicton : « un enfant fatigué dort moins bien ! »).
La magie a durée quelques jours… des nuits reposantes et des siestes miraculeuses ! Et le repos me permettait de sentir de plus en plus ma fatigue. Oulàlà que j’étais allée loin. Pour des bonnes raisons, comme toujours, mais bon ! Etaient-elles si bonnes que ça ? Ne me serais-je pas négligée un peu dans tout ça ?
En croyant prendre soin de lui, je ne voyais pas à quel point j’allais trop loin pour moi.
Le petit pas en arrière.
Et là, au moment où j’y prends tellement goût que je n’envisage plus rien d’autre, ça devient l’enfer pour l’endormir pour ses siestes. Je suis là-haut, sous les toits, il est l’heure habituelle de sa première sieste et je m’énerve, avec et sur lui (je suis seule quelques jours, pas de relais…), parce que « bordel tu y arrivais la semaine passée, pourquoi t’y arriverais plus là ? ».
J’ai passé quelques fois à pleurer avec lui, crier, chanter, re-crier, re-pleurer… pour finalement capituler et le redescendre pour jouer.. Je me vois dire à voix haute, sans m’adresser vraiment à lui (peut-être était-ce pour l’univers ?), à quel point ce moment où il dormait dans son lit, c’était mon moment, que j’avais besoin de ça pour me ressourcer… ça ne changeait rien.
Je crois que ces émotions m’ont fatiguée bien plus que si je l’avais emmené en poussette, mais je tenais foooort, il savait faire hier, pourquoi pas aujourd’hui ?!
Et voilà, ce mouvement que je voyais d’un œil si lointain il y a quelques années, le voilà dans ma face. Il apprend quelque chose (en vrai en ce moment il apprend beaucoup), et quelque temps plus tard, ça « revient comme avant ».
Et je m’entends dire à mon copain « qu’il était important de conforter son petit, justement pour qu’il puisse ancrer que quelque soit comment il est et ce qu’il fait, il est aimé, qu’on est là pour lui…. ».
Silence radio.
Ces avancées vers l’autonomie ont été tellement délivrantes pour moi que d’accompagner avec le cœur le « petit retour en arrière pour faire le pas en avant », c’était pas simple.
Lâcher la corde.
Ma sœur me parlait d’une image qui montrait quelqu’un qui tire sa corde tellement fort qu’il finit par se faire mal aux mains, ça illustrait le fait qu’il fallait parfois savoir « lâcher la corde », pour se préserver.
Mes mains rouges, j’ai fini par lâcher, mais c’était dur ! On a refait quelques siestes en poussette, laissé reposer quelques jours.
Avec patience et confiance que ça reviendrait.
Je peux écrire aujourd’hui, à 10h52, parce qu’après un bon accompagnement, il s’est endormi ce matin dans son lit, et y est depuis une heure.
À l’instant même je l’entends, il se réveille.
Pfiou ! « Prendre son mal en patience » comme on dit, je l’avais jamais sentie autant dans ma peau cette expression-là. Ça fait pas plaisir (à entendre avec la voix de Jamel Debbouze, histoire d’amener un peu de légèreté à cette conclusion dramatique).
