28 avril 2022. Nolan a 3 mois.
Des images violentes dans ma tête
Parfois j’expérimente d’être à bout de force, à bout d’idées, à bout de patience. « Au bout du scotch », comme on dit ici.
Et dans ces moments j’ai été marquée, à plusieurs reprises ces derniers mois, par des images dans ma tête que je n’avais jamais eu avant la naissance de Nolan, même avec d’autres enfants.
Je portais Nolan, il pleurait et je ne comprenais pas ce que je pouvais faire pour lui, j’avais déjà essayé ce que je pouvais et rien n’y faisait. L’image qui m’est apparue plusieurs fois dans ces situations était que je le jetais violemment sur le fauteuil, sur le canapé ou sur le lit.
Jusqu’ici, il y avait toujours Réjane avec moi alors j’ai pu lui dire que j’en avais marre, que je ne savais pas quoi faire, et elle prenait le relais. Même si quand je suis derrière mon ordinateur à écrire ces mots, je ne me crois pas capable une seule seconde de jeter mon enfant violemment (même sur le canapé !), ces images sont là, elles existent, et je ne sais pas vraiment d’où elles viennent, où elles vont et qu’en faire…
Une semaine plus tard…
Des secondes où je suis « à bout ».
Il y a quelques jours, il était dans mes bras, je lui avais donné le sein, il avait bien mangé, il était propre, il ne voulait pas jouer, et le bercer ne « suffisait » pas à ce qu’il arrête de pleurer.
(En théorie j’adorerais accompagner ses pleurs sans vouloir qu’ils s’arrêtent, mais je trouve ça vachement dur. Quand est-ce que ses pleurs m’indiquent que je peux faire quelque chose de concret pour lui et quand est-ce qu’il n’y a qu’à l’accompagner, être présente et offrir généreusement mon écoute et ma chaleur humaine, sans rien attendre comme résultat ? bref..)
Mes bras ne suffisaient pas… en tout cas c’est ce que je me disais !
Un instant, j’ai senti une sorte de rage monter en moi et les images de le jeter sur le fauteuil réapparaître… j’appellerais spontanément ça de la colère, cette émotion qui me fais serrer les dents et les poings, comme une énergie qui me tombe dessus et m’envahit, soudainement, en prenant tout l’espace en moi.
Dieu merci j’ai pensé « allons dehors ». J’ai ouvert la porte et en voyant l’extérieur, il a arrêté de pleurer instantanément. Ma colère a déguerpi aussi vite qu’elle était arrivée, laissant juste une trace de fatigue. Je me sentais à présent tranquille et éprouvée en même temps.
Qu’en faire ?
Je crois qu’une alternative à mon serrage de dent serait de pleurer. De lâcher l’intensité de l’émotion qui m’habite à ce moment-là, plutôt que de la concentrer sur ce qui m’énerve.
Deux approches que j’aime beaucoup disent que la colère vient pour se soulager d’une émotion dessous qu’on ne peut ou qu’on ne veut pas vivre.
Pour Marshall Rosenberg1, sous la colère il y a de la tristesse, de l’impuissance ou de la solitude. Je ne sais pas quel combo des trois j’étais en train de vivre à ce moment-là, mais c’est plutôt parlant comme cocktail quand mon loulou pleure, et que je ne sais pas comment l’aider.
Pour Denis Marquet2 la colère est une défense, un refus de ressentir sa souffrance. Il affirme même que c’est précisément lorsque je me défends de ma souffrance que je la transmets (surtout de parents à enfants, comme ça c’est clair!).
Si seulement je pouvais me laisser m’effondrer en larmes dans ces moments-là. Me laisser traverser par l’émotion sous-jacente, plutôt que de la cristalliser en me crispant de bas en haut.
En plus, de mon expérience, l’émotion est un mouvement (comme son nom l’indique), ce n’est pas un état (dans le sens un lieu intérieur). Donc si je la laisse exister, elle ne fait que passer ; et même encore mieux, elle me transforme en me traversant.
Il suffit de trouver le courage de vivre la souffrance d’être à bout, plutôt que de s’en défendre.
Il suffit, y’a qu’à…
1 – Créateur de la Communication NonViolente.
