28 avril 2022. Nolan a 3 mois.
J’entends les paroles d’une jeune maman résonner dans mes oreilles : « être maman c’est sur-humain ». En résonance avec une situation vécue il y a quelques nuits, ma tête divague. Il serait plus juste de dire qu’être maman c’est plutôt « profondément humain ». C’est vraiment au cœur de mon humanité que se trouvent mes ressources.
Je joue avec les mots et ce qu’ils évoquent en moi : dans sur-humain, on est pas dans l’humanité mais au-dessus, en dehors. Allons voir en-dedans les trésors qui s’y trouvent.
Un monstre dans la nuit.
On était en voyage, il faisait nuit noire, Nolan dormait dans notre lit. Il s’est réveillé plusieurs fois, geignant, c’était une nuit qu’on aurait pu qualifier d’exigeante, il se réveillait en pleurant au moins toutes les heures ou heures et demies. Il devait être 4h et des poussières, il ne trouvait pas le téton ou en tout cas, il pleurait. Et moi je m’énervais un poil, il faut le dire. Je me suis finalement assise pour l’allaiter (ça facilite quand il semble s’énerver dans la nuit à la recherche du sein). Réjane, qui m’avait proposé de mettre de la lumière – ce à quoi j’avais dû bredouiller une réponse sur un ton très agréable – a décidé de braver ma grognitude et d’allumer la lumière de son téléphone.
Ça a tout changé.
Je vous jure : je l’ai vu.
Ma vision de Nolan s’est transformée, il est passé d’un truc strident qui m’empêche de dormir et me fait chier (c’était comme ça en moi à ce moment-là), à un petit être si mignon, avec des beaux yeux et une bouille ronde qui fait fondre mon cœur.
C’était comme un déclic.
J’ai revécu la même chose au petit matin quand les lueurs du jour ont éclairé la chambre. Je le vois, je prends le temps de le regarder et mon cœur fond.
Je me relie et ça me touche, il est là, si petit, il peut seulement exprimer qu’il y a quelque chose qui n’est pas chouette pour lui, mais il ne peut rien faire qui lui apporterait ce dont il a besoin. Il a trois mois!
L’élan naît en moi de lui cueillir la lune s’il le veut, l’énergie m’envahit pour m’asseoir, l’allaiter, le changer, le bercer, tout ce qu’il lui faudra pour qu’il se sente bien.
La grâce de la lumière.
Donc quand je veux dire que c’est un job profondément humain, c’est pour ancrer en moi que c’est dans mon humanité la plus intime que je peux trouver l’énergie et l’ouverture du cœur de prendre soin, au-delà de la fatigue.
C’est dans mon cœur que se trouve cette force.
C’est dans ma capacité à laisser toutes mes idées sur le parquet, à lâcher ma tête et à me laisser toucher, ici et maintenant, que se trouve ma joie de prendre soin de lui.
Je crois que la vie est bien faite, et que si un enfant demande autant, c’est qu’on peut offrir autant, gratuitement. Seulement, l’endroit en nous où se trouve cette abondance, cette générosité, n’est pas toujours visible (non ! sans déconner?!).
Écrire me permet de dessiner une carte, et une croix sur ce trésor.
Ce lieu où se trouve mon humanité, que la nuit camoufle parfois dans la pénombre.
