24 avril 2022. Nolan vient d’avoir 3 mois.
L’art du tétouillage.
En ce moment, parce que ça n’a pas toujours été le cas, dès que Nolan a terminé de téter, il tétouille comme je dis, c’est-à-dire qu’il s’endort en continuant de machouiller le téton sans déglutir. C’est très mignon, mais j’ai été surprise de me voir penser des choses que j’ai entendues maintes et maintes fois qui ressemblent à : « il va s’habituer si je le laisse trop faire, je dois l’enlever pour ne pas qu’il s’habitue ».
Ce n’est pas la première fois que j’observe ces pensées, ou plutôt ces peurs naître en moi.
« Si je l’habitue, il ne va plus pouvoir s’en passer. »
Que ce soit à propos de lui jouer un air de guitare, de chanter pour l’endormir, ou de tétouiller.
Vigilance.
En lien avec lui, avec mon amour pour lui et avec des paroles d’André Stern qui résonnent dans ma tête, je me dis que je ne peux jamais lui donner trop.
En fait, ce n’est pas vrai, lui donner trop, ce serait lui donner alors que je me fais mal, ou que je n’en ai plus du tout l’élan ou le coeur ; « lui donner de peur qu’il… » ou parce que « quand même c’est le rôle d’une bonne maman de.. ».
Dans ma réalité, je fais finalement souvent le geste de lui enlever le téton de la bouche quand il s’endort en le machouillant. Pas dès qu’il s’endort, mais au bout d’un moment, quand mon sein devient sensible ou parce que le fait qu’il soit accroché me maintient dans une position inconfortable.
J’écris parce que je vois aujourd’hui clairement les deux espaces de moi depuis lesquels je peux agir.
La peur ou la limite (la vraie!).
Je prie pour avoir la clarté de coeur et d’esprit de ne jamais arrêter quelque chose qui, je le vois, est confortable pour lui, depuis la peur qu’il s’y habitue.
Donc pour arrêter un comportement seulement lorsque j’atteins une limite personnelle, reliée à quelque chose de vraiment vrai pour moi, dans mon corps ou dans ma réalité.
L’arrêter pour prendre soin de moi, et non pas de peur qu’il ne puisse plus s’en passer, qu’il demande toujours plus et qu’il devienne un enfant roi ou je ne sais quoi.
L’imitation.
André Stern et d’autres me rappellent ce que j’oublie : les enfants apprennent en imitant.
Si je donne avec le coeur, il apprend qu’on peut donner avec le coeur (il n’apprend pas qu’on peut exploiter l’autre !).
Si je donne à contre coeur, il apprend qu’on peut donner à contre coeur.
Si je pose ma limite pour me respecter, il apprend qu’on peut poser une limite pour se respecter.
Si j’apprends à exprimer ce qui est chouette pour moi, il apprend à faire de même.
Donner.
Si tétouiller lui apporte aujourd’hui de la réassurance, de la sécurité et de l’amour, je ne peux pas lui en donner trop.
Et ne serait-ce pas justement un être plein, voire débordant d’amour et de sécurité, qui va être capable d’aller dans le monde, d’expérimenter la nouveauté, et justement de se détacher de ces stratégies, de se détacher du sein.. ?
